Mairies des Pays de Savoie : Action publique les nouveaux enjeux

Dossier paru dans le Magazine des Mairies des Pays de Savoie n°225 septembre 2018 (page 2-3).

René Chevalier, en sa qualité d’élu, avait eu le plaisir de participer à la journée des maires de Savoie.

« Les nouveaux enjeux de l’action publique territoriale entre besoins des territoires, demandes des publics et contraintes financières et réglementaires, la nécessaire adaptation des modes d’organisation des collectivités ». C’est sur ce thème qu’ont planché les élus à l’occasion de la traditionnelle journée des maires de Savoie. Une réflexion visant notamment « le sens de l’action publique locale » et les agents qui en ont la charge.

Philippe Gambier, président de l’association nationale des conseillers en organisation, était l’invité principal de cette matinée de réflexion proposée par la Fédération des maires de Savoie. Au menu : la nécessaire « révolution » que doivent entreprendre les services publics, et, bien évidemment, leur « donneurs d’ordre » -à savoir les élus- pour relever le défi d’une action publique efficace devant répondre à de nouvelles demandes dans un contexte budgétaire contraint..

Au cœur de la réflexion de M. Gambier, entre autres, une étude menée par la Mutuelle nationale territoriale intitulée : « Ré-enchanter le quotidien : le sens de l’action publique locale ». Cette étude, dont nous reproduisons ici la synthèse, vise à explorer le sens concret donné à la mission du service public local par les agents et à leur utilité.

Elle permet de découvrir comment le sens de l’action publique se renforce face à l’instabilité et aux mutations sociales. Quant au sens du travail, il se fragilise sous les pressions internes, ou à l’inverse, s’épanouit grâce à un management renouvelé. Ce retour au terrain ouvre de puissante perspectives à l’organisation du travail et au management dans les collectivités territoriales.

Les transformations structurelles des collectivités comme de la société invitent à s’interroger sur le sens de l’action publique pour ses agents, vers un délitement ou vers un renouvellement. En réalité, au-delà de leur attachement aux valeurs du service public, le sentiment d’exercer un travail qui a du sens motive toujours très fortement leur engagement.

Manager par le sens, un travail qui a du sens : certes, mais aujourd’hui pourquoi et comment ?

Forts de se savoir utiles et de se voir en accompagnement des usagers, les agents montrent leur capacité à s’adapter au jour le jour, motivée par les besoins des habitants. Mutabilité, continuité, égalité sont ici très concrètement décrites par les agents à travers leurs expériences, avec leurs mots à eux.

Centrée sur les dynamiques venant à renforcer ou effriter le sens de l’action publique, l’étude se distingue d’un inventaire de valeurs. Son but est d’identifier : le sens institutionnel donné par les agents à l’action publique locale, les dynamiques d’évolution à l’oeuvre, les variations du sens au travail (enrichissement ou appauvrissement), des recommandations pour déployer le sens et renforcer l’engagement au travail.

Un territoire de sens

Le discours très fourni des agents démontre que loin de se perdre, le sens de la mission conserve toute sa vigueur et manifeste sa solidité. Il s’ancre dans l’univers de la vie quotidienne des gens. L’améliorer, la faciliter, l’enrichir de nouvelles possibilités : cette raison d’être rassemble tous les acteurs territoriaux et fonctionne à l’identique pour les agents en fonctions supports vis-à-vis de leurs collègues. Collectivités et agents en prise directe avec le terrain doivent s’ajuster en permanence aux situations singulières et trouver des solutions, parfois avec les moyens du bord.

Dans le concret, à l’opposé d’une posture descendante procédurale, ils se situent dans l’accompagnement des usagers. Ancrage dans le réel, capacité d’ajustement et importance de la relation constituent un trésor culturel historique, dans lequel puiser pour faire face aux enjeux d’adaptation actuels. Cette focalisation sur le quotidien s’accompagne d’une approche résolument pragmatique. Les agents abordent la question du sens à partir de situations concrètes et vécues, et non par de grands principes abstraits. Leur engagement personnel trouve sa source dans des expériences types qui les touchent, et sur lesquelles ils peuvent produire des effets. Les valeurs attachées à l’action montent clairement en puissance dans les raisonnements : réactivité, efficience, adaptabilité… De plus, elles permettent de répondre à un enjeu fondamental aux yeux d’agents volontaristes et non plus passifs : la reconquête de la reconnaissance publique.

L’action, la performance publique et leur évaluation par les usagers sont bien comprises comme nécessaires à leur crédibilité, donc à leur respect, et à nourrir en continu.

Enfin, les agents amorcent une redéfinition de l’unité dépassant le simple « améliorer la vie quotidienne ». L’action de la fonction publique territoriale (FPT) consiste à renforcer les capacités d’agir des personnes. Rendre mobile, sécuriser, équiper, ouvrir de nouveaux horizons, favoriser l’autonomie, les rencontres, l’action collective, développer les sensibilités, créer des opportunités…

Toutes ces actions donnent à la personne des aptitudes lui permettant d’agir sur sa situation et sur l’évolution de son existence. C’est un « pouvoir de » qui permet un « pouvoir sur ». Le sens du travail des agents n’est plus un simple « service à la personne » : il consiste à donner à celle-ci une multitude de capacités pour qu’elle agisse elle-même. À l’heure où les sentiments de vulnérabilité et d’impuissance envahissent nos sociétés, la pertinence de la mission se renouvelle.

Ainsi, équiper le territoire revient à équiper les personnes.

Des bouleversements

Selon cette étude, il existe aujourd’hui des atteintes au sens du travail et à l’engagement quotidien. La transformation territoriale entraîne une forte déstabilisation des structures, des places et des relations de travail, issues des réorganisations, fusions, mutualisation, menées dans un climat de défiance vécu comme violent.

Une intensification significative de la charge mentale : hausse effective des tâches, des pressions intenses, des urgences, forts changements d’habitudes. Et enfin une hyper-centralisation de la décision et hyper-contrôle mettant les agents dans une dépendance totale aux dirigeants, voire dans la peur.

S’y ajoutent les atteintes traditionnelles à l’étique (corruption, favoritisme, fraude, harcèlement, laisser-aller…). Leur combinaison peut expliquer l’émergence significative de risques psychosociaux (RPS) dans les entretiens. Souvent, pour se protéger, l’agent se crée un espace de sauvegarde du sens, en se mobilisant sur une tâche maîtrisée et investie. Le déploiement du sens.

A l’inverse, d’autres agents vivent de nouvelles modalités de travail et de management marquant des avancées significatives et positives. Les plus notables correspondent à une logique d’action fondée sur les usagers, un collectif plus coopératif, des projets qui dynamisent l’action individuelle (et/ou collective), la reconnaissance, la formation, la professionnalisation de l’action.

Parmi ces modalités, deux avancées marquantes suffisent pour donner l’expérience de l’amorce d’un véritable renouveau.